Gaz, l’Algérie renforce sa position en Europe |
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Écrit par Hamid Guemache (Quotidien d'Oran)
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13-12-2006 |
Après l’Italie et l’Espagne, l’Algérie vient de signer des accords gaziers avec la France. La Sonatrach renforce ainsi sa position de principal fournisseur de gaz de l’Europe du sud. Ces accords gaziers à long terme, vingt ans, signifient aussi des assurances politiques de la part de l’Algérie sur la continuité des approvisionnements. L’Algérie devient, avec la Russie et la Norvège, l’un des trois principaux fournisseurs de gaz de l’Europe. Une position stratégique inimaginable il y a dix ans.
Les accords gaziers avec les trois pays du sud de l’Europe ont-ils dissipé les inquiétudes européennes sur l’entente entre Gazprom et Sonatrach? En aparté, diplomates et responsables de compagnies gazières assurent que l’inquiétude n’est pas fondée. Mais depuis la signature de cet accord au printemps dernier, les responsables européens se succèdent pour manifester leurs inquiétudes. Dernier en date, le commissaire européen à l’énergie, Andris Pielbags, lors de sa participation à la troisième semaine de l’énergie en Algérie qui s’est tenue fin novembre à Oran.
Malgré les assurances officielles algériennes, l’inquiétude et la crainte d’un cartel du gaz, formé essentiellement entre Gazprom et Sonatrach, deux principaux fournisseurs de gaz de l’Europe, hantent l’esprit des dirigeants politiques européens. En fait, tout a commencé avec la crise gazière entre la Russie et l’Ukraine qui a fortement secoué et menacé la sécurité énergétique des pays européens qui dépendent en partie du gaz russe. Les Européens s’inquiètent d’une entente entre Gazprom et Sonatrach sur les prix et les risques d’une éventuelle suspension des approvisionnements gaziers.
La Russie à travers Gazprom dispose de 30% des réserves mondiales de gaz et le président russe Vladimir Poutine utilise l’arme du gaz pour accélérer le retour de son pays sur la scène internationale. « Du jour au lendemain, les responsables politiques de l’UE se sont aperçus que l’Europe importe tout le gaz dont elle a besoin. Mais les dirigeants des compagnies gazières le savent depuis longtemps. Pour nous, il n’y a pas vraiment d’inquiétude. Nous avons de bonnes relations avec les pays producteurs et nous travaillons à la diversification de nos approvisionnements », confie un haut responsable d’une compagnie gazière étrangère.
Du point de vue russe, les inquiétudes européennes sur l’accord entre Gazprom et Sonatrach sont peut-être justifiées. Comme Sonatrach, le géant Gazprom est contrôlé par l’Etat russe et constitue l’instrument principal du retour en force de la Russie sur la scène mondiale.
Aujourd’hui, les Algériens ne sont pas dans la même position des Russes par rapport aux Européens. Le retour en force de la Russie, puissance nucléaire, sur la scène mondiale est considérée comme une véritable menace par l’Union européenne. En plus, la récente crise gazière entre Moscou et Kiev a montré que les Russes ne se gêneraient pas pour fermer les robinets du gaz afin d’obtenir ce qu’ils veulent de leurs voisins. « L’Algérie a toujours été un fournisseur fiable de gaz naturel pour l’Europe. Même lorsque les tensions politiques atteignent leur pic, avec la France par exemple, les fournitures de gaz n’ont pas été interrompues. En plus, l’Algérie n’a pas intérêt à menacer ses voisins en utilisant l’arme du gaz. Les Européens s’affolent lorsqu’ils apprennent que les Russes leur fournissent le gaz dont ils ont besoin. Et chez eux, une petite interruption des approvisionnements de gaz aura des conséquences politiques et sociales importantes », explique un responsable de Sonatrach qui a requis l’anonymat.
La création d’un cartel du gaz ne semble pas aussi envisageable, sauf pour le GNL, que l’on peut transporter par méthaniers et vendre directement sur le marché. Pour le gaz naturel transporté par gazoduc, un cartel du gaz ne signifie rien à partir du moment où les clients sont connus plusieurs années d’avance.
Les inquiétudes européennes sur l’entente entre Sonatrach et Gazprom sont puisées dans l’histoire des relations politiques économiques entre Alger et Moscou. La Russie et l’Algérie sont considérées comme de véritables alliés, même après la fin de la guerre froide.
Source : Quotidien d'Oran. |