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La presse spécialisée, le parent pauvre

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Écrit par Ali Benyahia (El Watan)   
04-05-2008
Les étals sont dégarnis depuis longtemps déjà. Des semaines ?! Il y a bien longtemps en tout cas qu’ici les manchettes aux couleurs chatoyantes des multiples revues ont cessé de fixer les passants devant la large vitrine où elles sont exposées. A l’intérieur, le buraliste est occupé à faire tourner la photocopieuse. Des articles de bureau, quelques livres meublent les étagères. Tandis qu’à l’extérieur sont achalandés les divers titres de la presse nationale, dont la quasi-totalité sont des quotidiens. « Alors, y a plus de revues… ? » Le buraliste nous oppose un sourire à peine dissimulé, avant de laisser promener son regard le long des murs de la boutique tel un homme qui semble gêné par la question. Le sourire toujours en coin, son regard flâneur finit par trouver refuge chez son collègue qui, visiblement, lui préfère sa machine qui l’accapare… « On a arrêté de vendre les revues étrangères », accepte-t-il enfin de nous dire. Mais les algériennes… ?! A part quelques titres sportifs, de bien-être et d’automobile, il n’y a presque rien, nous lance-t-il l’air mi-rieur, mi-grave, tout en prenant le soin de nous rappeler qu’il fait ce travail depuis plus de 10 ans comme pour donner plus de crédit à son témoignage. « Les gens achètent des revues étrangères ; on n’achète pas les algériennes, car avec ces dernières les infos sont souvent dépassées. » Il est vrai en effet que ce segment de marché reste détenu par la presse étrangère dont on voit partout des titres bigarrés capter les regards des friands… Mais rarement des revues locales. Sollicitée, une consœur, Amel B., affiche un avis plutôt sec et tranchant. Pour elle, l’absence de la presse spécialisée en Algérie s’explique par « le manque de professionnalisme ». Elle considère qu’« à part l’éco et la femme, le reste n’est pas développé ». « Les revues littéraires, par exemple, sont rares », a-t-elle relevé. Qui dit mieux ?!

Des centaines d’agréments qui attendent

Peut-être bien un journaliste exerçant dans « un spécialisé ». Melanie Matares, rédactrice en chef du magazine Dziryet, nous fait un constat peu élogieux sur le sujet. « La presse magazine est pratiquement inexistante. Je ne compare même pas aux pays occidentaux mais si on parle de pays arabes (Maroc ou Liban), là il y a beaucoup de titres. » Melanie résume la presse spécialisée algérienne à « quelques féminins dont la parution n’est toutefois pas régulière, un ou deux magasines sur la santé, un sur l’urbanisme et puis les consommateurs ». « C’est très maigre, en plus, on ne les trouve pas partout », soutient-elle. Affinant davantage son analyse du paysage médiatique algérien, elle remarque qu’il n’y a pas de place, par exemple, « aux news à la nouvelle Obs ou à la Paris-Match », regrettant du coup que le peu qu’il y a sur le marché soit « très spécialisé ». Les raisons ? Sans doute à cause des centaines d’agréments qui attendent, a-t-elle plaidé. Ceci d’une part, car d’après elle, d’autres raisons et non des moindres expliqueraient, d’autre part, l’absence des étals de la presse spécialisée près de vingt ans après la mise en mouvement de l’initiative privée dans le secteur. Sont ainsi catalogués des problèmes techniques, ceux de la machine pour la fabrication du papier glacé, ceux de la distribution, etc. Autant dire que c’est toute l’industrie de la presse spécialisée qui fait défaut. « C’est dommage, car le marché de la pub n’attend que ça », fait-elle observer avec amertume. Le succès de Dziryet sur la scène est-il dû à l’absence de concurrence où est-ce plutôt la preuve d’une demande latente qu’il s’agit de prendre en charge ? « Son succès est dû au fait que c’est d’abord un féminin ; il touche une population qui n’est pas visée par les journaux. Ces derniers ne s’adressent pas aux femmes. Celles-ci ont en effet des préoccupations qui leur sont propres. Mais là encore nous ne cantonnons pas la femme dans la cuisine. On lui parle de sa société, des problèmes du monde, de la mode et de la consommation et d’autres thèmes encore. » Mais les exemples sont légion et ils peuvent parfois aller rejoindre les coins et les recoins de notre imagination qu’on soupçonne le moins du monde.

« Une presse à la carte »

Dans les pays où la presse a très fort ancrage, une idée est égale une revue. Notre collègue Nora Boudedja, qui a suivi un stage de six mois dans une rédaction américaine en Pennsylvanie, plus exactement au sein du Pittsburgh Tribune Review, un quotidien local de cet Etat, nous en donne un aperçu. Elle affirme que « là-bas, la presse spécialisée connaît un essor considérable ». Elle a même plus de succès que la presse dite d’information générale, a-t-elle enchaîné. Leur développement est tel que ces spécialisés traitent de sujets très précis. L’air amusé, elle nous cite l’exemple de ces news qui font un spécial mariage (brides magazins, siffle-elle dans un accent british) comme pour nous montrer l’extravagance de ces rédactions qui vont aussi loin dans l’imagination, pour mieux atteindre les besoins des consommateurs, afin de chercher leurs idées. Il en va ainsi pour toutes sortes de choses, comme l’auto, le linge de maison, et la liste est longue. Une des raisons, s’il en est, derrière le succès de ces magazines, « des gens qui ne veulent pas attendre de parcourir 15 à 20 pages pour trouver ce qu’ils cherchent ». Nora note que pour la presse américaine, « le lectorat est divisé en catégories ». Il s’agit là, d’après elle, d’une « presse à la carte » au sens où un entrepreneur irait directement chercher cette revue qui traite de ce qui l’intéresse. Au final, est-il judicieux de parler du manque de volonté et des pouvoirs publics et des entreprises de presse les plus en vue ou, au contraire, du manque de professionnalisme ? Mais alors pourquoi donc si peu de mensuels, d’hebdomadaires, de spécialisés comme on en voit ailleurs, en Europe par exemple où cette presse là est – fait étonnant – celle qui résiste le mieux à l’effet d’éviction exercé par l’internet ? Encore moins des politiques, entendre des politiquement incorrects ?! Melanie estime, pour sa part, que s’il n’y pas d’hebdo politique, c’est que ce n’est « point un hasard ». La presse algérienne reste ainsi caractérisée par la faiblesse des périodiques au sens qu’il n’y a de place qu’aux quotidiens (et encore pas pour tous). Loin d’un traitement plus approfondi de l’info. Sauf un traitement au jour le jour d’une actualité trop vite oubliée.

Source : Journal El Watan
 
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