 « Bonjour, je m’appelle Bakoumba Jean-Christophe. Je suis le responsable du bureau de change à la Banque centrale du Katanga. Nous avons découvert 25 millions de dollars américains dans le compte d’un client mort lors du tsunami de décembre 2004 à l’île de Pouket, en Indonésie. Aucun héritier ne s’est présenté depuis lors pour retirer cette somme. Pour cela, nous vous demandons de nous communiquer votre numéro de téléphone ou fax et éventuellement votre numéro de compte pour vous faire bénéficier d’une partie de cette somme que nous voudrions à tout prix rapatrier. Faute de quoi, elle sera virée dans le Trésor public. Mais avant cela, il faut que vous nous envoyiez une invitation pour qu’on vous ramène votre part».
Cela est souvent le genre de messages Internet que reçoivent dans l’indifférence les usagers de la toile. En général, ces messages proviennent de pays africains dans lequel il est toujours question de millions de dollars ou d’euros. Le receveur, à la suite de plusieurs courriers, est en fin de compte sollicité pour l’envoi d’un certificat d’hébergement au mystérieux messager. Ce document, sans aucun doute, est fort demandé par des citoyens de pays africains en quête de visas vers l’Algérie, considérée à tort ou à raison comme la dernière halte avant l’Europe, le rêve mirifique pour les nombreux désespérés du continent noir.
Ces messagers, pittoresques et parfois exotiques frisant le folklore, redoublent d’ingéniosité pour appâter. «Plus c’est grand, plus ça passe», semble être le mode d’emploi qui des fois s’apparente à du «mongolisme». Usant de stratagèmes et de clichés fort réducteurs et archétypaux du fonctionnaire africain, «corrompu» et «milliardaire jusqu’au coup» qui veut à tout prix rapatrier son trésor, quitte à le partager avec son bienfaiteur. Ainsi, un internaute reçoit une lettre d’un citoyen de Centrafrique qui se présente comme le neveu de... Bokassa, ayant en sa possession un diamant valant 4 millions d’euros qu’il voudrait bien vendre à Anvers. Mais pour cela, il voudrait transiter par l’Algérie et, auquel cas, comme toujours, l’histoire se termine par le fameux certificat d’hébergement. Ou un autre qui voudrait venir investir 13 millions de dollars en Algérie, mais en contrepartie il lui faudrait le numéro du compte bancaire domicilié en France de son nouvel associé. Rien que ça ! Un gérant d’Internet nous explique que donner son numéro de compte domicilié à l’étranger peut être fatal car les hackers sévissent partout dans le monde. Mais rares sont ceux qui croient à ces histoires insolites où l’arnaque sent le roussi à mille lieues, dira le gérant du cybercafé, pour qui ce genre de tentatives est voué dès le début à l’échec, du moins en Algérie.
L’autre arnaque virtuelle est celle qui consiste à partir d’un mot clé, comme par exemple «Canada» ou «Green Card», le fameux sésame du rêve américain, à vous envoyer par courrier électronique une offre de service qui mène tout droit au pays de l’érable ou de l’oncle Sam. Ces arnaqueurs, qui se présentent comme exerçant dans des bureaux d’avocats, effectivement vous envoient des documents officiels, pompés à partir de sites réels d’émigration. Le candidat qui reçoit ces documents pour les renvoyer est invité à payer le service en dévoilant son numéro de compte. Dans le cas contraire, le site du fantomatique bureau d’avocat se fond sans laisser de traces dans le labyrinthe de la grande toile, qui est aussi devenue le repaire de tous ces escrocs anonymes.
Dommage collatéral de la mondialisation: la recherche du gain facile n’a plus de frontière, oserions-nous dire. Mais de là à penser qu’un jeune Algérien n’ayant pas un sou en poche, désoeuvré et rêvant au grand voyage dans le milieu de la nuit dans son cybercafé, puisse avoir un numéro de compte relève du surréalisme ou de l’incrédulité, tout comme l’autre qui peut se permettre une telle ineptie en donnant du crédit à l’histoire du «milliardaire en dollars» coincé dans son pays africain.
La dernière arnaque trouvée ailleurs est celle qui consiste, grâce à l’utilisation de votre propre numéro de téléphone cellulaire, à envoyer un message à votre nom personnel. L’interlocuteur, un familier, voit s’afficher votre numéro de portable et lira, confiant, le message qui demande, à cause d’une urgence par exemple, l’envoi de telle somme d’argent sur un compte de site fantôme. La toile est un univers virtuel, les escrocs qui s’y sont nichés le sont tout aussi.
Source : Quotidien d'Oran. |