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Mandat d’arrêt contre le baron du cuivre à Oran : Il exportait frauduleusement vers la France

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Écrit par Ali Farès (Liberté)   
28-11-2006
Le propriétaire de Ferafer a amassé une fortune estimée à plus de 75 milliards de centimes en une année.

Une grosse affaire de trafic et d’exportation frauduleuse de cuivre vient d’être élucidée à Oran par la section de recherche du groupement de la Gendarmerie nationale. Il aura donc fallu plus de 2 mois d’investigations, entamées suite à des informations faisant état d’exportation sans respect de la réglementation du métal précieux.

L’affaire a pour origine un parc situé à Bir El-Djir, plus précisément à haï Bendaoud, où une quantité impressionnante de câbles électrique et téléphonique, toutes dimensions confondues, était entreposée dans des containers de  40 pieds et à même le sol. Une fois le procureur de la République avisé, une enquête a été diligentée de suite, d’autant plus que la quantité signalée avait de quoi inquiéter les autorités. C’est, en effet, avec une grande stupéfaction que le fameux entrepôt a été visité par les éléments de la gendarmerie en constatant que les informations étaient bien à la mesure des hypothèses. 6 containers, en plus des amas se trouvant par terre, étaient prêts à l’exportation.

La quantité découverte est évaluée à 300 tonnes. Mais l’affaire ne venait que de commencer. 14 containers, soit 265 tonnes, se trouvaient au port d’Oran en instance d’exportation. Qui est donc à derrière de telles transactions en violation de la loi en la matière ? L’enquête mène tout droit à l’Eurl Ferafer, dont le siège social se trouvait à Alger. Son propriétaire (S. A.) travaillait déjà dans le domaine en 2003, mais il a préféré changer de ville. Chose qu’il fait en 2005 en installant, à Oran, un dépôt au nom de ladite entreprise dans un parc à Bir El-Djir, pris en location chez un privé. Il faut dire, au passage, que le parc en question ne paie pas de mine et vu de l’extérieur, il n’éveille aucune curiosité.

En somme, un terrain vague clôturé que son propriétaire louait aux revendeurs de matériaux de construction. De plus, le gérant de cette entreprise ne payait pas le moindre sou aux impôts, puisqu’aucune déclaration sur les activités du parc, encore moins des ouvriers venus des wilayas de l’intérieur, n’a été faite à l’administration concernée. Le seul souci pour lui était d’exporter du cuivre. La destination de la précieuse marchandise est Marseille (France), où la société SMRI Industrie est basée. Ainsi, d’octobre 2005 à août 2006, Ferafer a opéré pas moins de 17 exportations à partir du port d’Oran. En tout, ce sont quelque 3 614 tonnes de cuivre, acheté à coups de devises fortes, qui ont été livrées à Marseille. Le prix de ce métal se situe actuellement à hauteur de 6 000 euros la tonne. En gains nets, le propriétaire de Ferafer a amassé une fortune estimée à plus de 75 milliards de centimes en une année.

Le commissaire-priseur : le grand complice

Sur l’origine du cuivre volé, B. A., le gestionnaire de Ferafer, déclarera aux gendarmes qu’il l’a acheté chez Sonelgaz et Algérie Télécom lors des ventes aux enchères, ou encore chez des privés utilisateurs de câbles en cuivre. Ces entreprises ont, pour leur part, totalement nié avoir eu recours à de telles procédures, considérées à leurs yeux comme suspectes. Elles n’ont donc pas vendu le moindre câble à ce gestionnaire. Mais voilà que Ferafer s’est mise à élargir son champ d’action en refilant sa marchandise à d’autres exportateurs comme Exmetal, une boîte créée en août 2006. 14 containers en voie de prendre le bateau vers l’Europe ont été découverts au port d’Alger. B. D., gérant d’Exmetal, a reconnu avoir récupéré la marchandise de chez Ferafer. Finalement, toutes les entreprises interrogées dans le cadre de l’enquête ont rejeté avoir traité les transactions citées, à l’exemple de Hyproc (spécialisée dans le transport maritime), Kahrama ou encore ENGTP, toutes basées à Oran. Si au niveau des douanes, toutes les opérations sont régulières, les désignations sont, par contre, toutes falsifiées. Et c’est justement à ce stade qu’intervient le rôle du commissaire-priseur. Un rôle de grande complicité consistant à couvrir dans les opérations de vente aux enchères les grosses quantités de cuivre volé, en falsifiant tout simplement les chiffres. Même les fausses déclarations sont authentifiées, comme le prouve cette opération de vente de matériel électronique usé par Hyproc, alors que le commissaire-priseur l’a fait passer pour du cuivre. L’essentiel était d’avoir un maximum de factures mentionnant la vente de cuivre. Heureusement que trop de contradictions ont fini par révéler la vérité. B. D. (Exmetal) avait répondu, lors de l’audition, que la marchandise en sa possession provenait d’une tannerie de Batna. Le responsable de cette dernière a, pour sa part, précisé qu’il n’a jamais vendu 265 tonnes de cuivre à l’intéressé mais bel et bien 200 kg, qu’il n’a même pas réceptionnés. Il est revenu sur sa décision qu’il avait acheté chez la société Cameg/Oran, un achat étalé sur 13 factures. Le gérant de cette société a déclaré que la quantité en question (265 tonnes) n’existait même pas dans les stocks.

Les dernières enchères de Cameg remontent d’ailleurs à 2005. “Ferafer a aussi utilisé Djir-Métal en abusant de sa confiance”, souligne le chef de section de recherche, le capitaine Lyes Benoussaïd, qui ajoute que les exportations frauduleuses de S. A. pour la seule journée du 30 juillet dernier s’élèvent à 316 tonnes. Elles ont même atteint 408 tonnes. Un record dans ce domaine. “La seule chose qui le taraudait, c’était de bien payer à temps les voleurs de câbles. Pour cela, il s’empressait de dépêcher un chauffeur de taxi pour des déplacements urgents, avec à bord des sommes atteignant 3 ou 4 milliards de centimes”, conclut-il. Les infractions retenues contre les principaux accusés, à savoir les chefs des entreprises Ferafer et Exmetal et 2 commissaires-priseurs, sont la falsification de documents officiels, le faux et usage de faux, le défaut de registre du commerce et la simulation d’objets volés. Lors de la présentation de l’affaire, dimanche dernier devant la justice, les 2 chefs d’entreprise, S. A. et B. D., étaient absents. Le gestionnaire du parc Ferafer a été écroué, 4 personnes placées sous contrôle judiciaire, dont les 2 commissaires-priseurs.

Bilan des câbles volés (électriques et téléphoniques)

Année 2005
Nombres d’affaires : 159
Personnes arrêtées : 92
câbles volés (en mètres) : 122 735
Récupérés : 24 880

Année 2006 (1er  semestre)
Nombres d’affaires : 489
Personnes arrêtées : 198
Câbles volés (kg) : 5 140,6
Câbles volés (en mètres) :  303 737,3
Câbles volés récupérés (kg) : 24 877,2
Câbles volés récupérés (en mètres) : 12 083,2

Source : Journal Liberté.
 
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