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Affaire des faux moudjahidines : Les intouchables et les autres

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Écrit par Tarik RAMZI (L'Expression)   
25-02-2007
Tout le monde crie au faux, mais personne ne donne des noms.

L’affaire des faux moudjahidine a déjà fait beaucoup de mal dans le pays. Aujourd’hui, ses dommages collatéraux sont tellement importants qu’elle en arrive à déchirer les rangs de la famille révolutionnaire. Si la Fédération des fils de chahid (FFC) a raison de s’emporter contre tous ceux qui utilisent de fausses attestations communales pour occuper des postes de cadres supérieurs de l’Etat, pendant que les veuves de chahid étaient réduites à être des femmes de ménage, il reste à se poser des questions sur l’une de leurs revendications, portant sur la suppression du ministère des Moudjahidine.

En suivant leur raisonnement, on en arriverait à déduire que c’est ce département ministériel qui est responsable de la prolifération du nombre des faux moudjahidine. La FFC n’en veut pour preuve le fait que le nombre des moudjahidine soit passé de 70.000 au lendemain de l’indépendance, en 1962, à 900.000 en 2006. Un chiffre qui a été multiplié par presque treize. Existe-t-il une instance nationale à même d’éplucher les listes pour dénicher toute fausse déclarations et cela à une période où les vrais moudjahidine, pour la plupart âgés ou malades, disparaissent les uns après les autres sans écrire leurs mémoires. Et aussi à une époque où l’écriture de l’histoire reste plus que jamais tributaire de plusieurs facteurs, aussi bien endogènes qu’exogènes. Pour ce qui est du contexte dans lequel le problème des faux moudjahidine est posé, on peut constater tous les efforts qui sont faits par l’Algérie pour faire la lumière sur les essais nucléaires français dans le Sud algérien. Tout comme on peut constater que la droite française multiplie les initiatives pour faire l’éloge, de la façon la plus officielle qui soit, des aspects positifs de la colonisation. Si le colonel Ahmed Bencherif a pris la tête d’une offensive visant à débusquer les faux moudjahidine, après des tentatives du genre qui ont toutes abouti à un échec, c’est que le problème est sans doute plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Les différences d’approche entre les diverses composantes de la famille révolutionnaire et le peu d’empressement de la tutelle à apporter les réponses idoines aux questions posées contribuent grandement à renforcer l’opacité et à freiner les velléités de nettoyer les listes. Quelles sont les instances qui doivent mener les enquêtes: les organisations qui ont pignon sur rue (Onec, FFC, Cnec, Onem...), le ministère des Moudjahidine, le ministère de la Justice, les wilayas? A quel niveau doivent être situés les filtres, et comment ces derniers doivent-ils fonctionner? On peut d’abord remarquer que le mode de fonctionnement de la résistance (clandestinité, organisation triangulaire, cloisonnement) a fait qu’il n’existe pas de listes officielles datant de la révolution. Il a fallu établir des listes basées sur le témoignage des anciens membres du FLN et de l’ALN. Ce qui nous renvoie aux fameuses attestations communales, qui sont, aujourd’hui, à la base de la contestation de ceux qui dénoncent l’existence de faux moudjahidine, tout simplement parce que des petits malins, usant de piston, de corruption, voire de faux et usage de faux, sont parvenus à se faire délivrer des attestations communales tout ce qu’il y a de préfabriquées. Et plus ils occupent un poste élevé dans l’administration, les entreprises ou les rouages de l’Etat, plus il est difficile de les désigner. Ils sont devenus intouchables. Ce qui fait que tout le monde crie au faux, mais personne ne donne des noms.

Source : Journal L'Expression.
 
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