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Le président français a fait un pas dans la bonne direction, lundi dernier, devant les hommes d’affaires algériens et français en déclarant: «Oui, le système colonial a été profondément injuste.» Un tout petit pas, car une telle reconnaissance peut à peine concerner le code de l’indigénat imposé alors aux Algériens.
A peine, car ce code a été plus qu’injuste, il a été aussi infâme et abject qu’a pu l’être l’apartheid. Mais et au-delà de ce code, il y a eu ce que le lexique officiel désigne par «pacification» tous les crimes commis par l’armée coloniale qui vont des razzias dans les villages jusqu’aux «enfumades» de tribus entières dans les grottes en passant par les déportations au bagne de Cayenne et aux expropriations arbitraires et autres «poussées» des populations vers les montagnes et les zones arides plus au Sud, pour laisser la très fertile bande côtière au profit des colons. Ceci sans compter le vol du «Trésor d’Alger». Sans compter également la profanation des mosquées transformées en églises dont la plus connue est celle de Ketchaoua à Alger. Sans compter enfin l’interdiction des écoles coraniques. Si tout cela n’est qu’«injuste», alors la politique d’apartheid qui a sévi en Afrique du Sud n’aura été qu’un simple mauvais choix.
Dans ce même petit pas, M.Sarkozy fait dans le mélange des genres en ajoutant: «Mais il est aussi juste de dire que dans ce système il y avait des femmes et des hommes qui ont aimé l’Algérie, avant de devoir la quitter». Il mélange agresseurs et agressés. De plus, ceux qui ont «dû quitter l’Algérie» n’ont jamais été chassés par les Algériens. Il faut voir du côté des ultras et de leur sinistre organisation criminelle, l’OAS. Vouloir rendre les Algériens coupables de leur départ, c’est cela qui est injuste. Pour ne laisser aucune chance à ce petit pas de l’être moins, le chef de l’Etat français poursuit: «Aujourd’hui, moi qui avait sept ans en 1962, ce sont toutes les victimes que je veux honorer». Il est évident que dans toute guerre il y a des victimes parmi tous les belligérants. Parmi ceux qui attaquent et ceux qui se défendent. Avoir sept ans ou soixante-dix-sept ans au moment des faits, n’y changera rien. C’est même là un raisonnement dangereux dans la mesure où durant la Seconde Guerre mondiale et alors que M.Sarkozy n’était pas encore de ce monde il ne lui est, malgré tout, pas permis «d’honorer toutes les victimes» et de mettre dans le même «panier» les victimes de la Shoah et leurs bourreaux, les nazis. Car il est indéniable qu’il y a eu aussi des victimes du côté allemand. C’est dire jusqu’où peut mener le raisonnement de M.Sarkozy.
Un tout petit pas dont on peut même dire qu’il va en reculant pour peu que l’on se rappelle la déclaration de l’ambassadeur de la République française sous Chirac, en visite à Sétif, qualifier les massacres du 8 Mai 1945 de «tragédie inexcusable». Alors que ces massacres ne sont qu’un épisode sanglant d’une longue série durant 130 années de colonisation. On passe de «tragédie inexcusable» à un «système injuste», n’est-ce pas un pas en arrière ?
Quoi qu’il en soit, l’important n’est pas dans le choix des mots pour des besoins politiques immédiats. M.Sarkozy ne devrait plus passer son temps à chercher la meilleure formule pour dire tout et rien à la fois. Il n’existe aucune formule «adaptable» à la fois aux Algériens et à l’électorat pris au parti de Le Pen.
Aujourd’hui à Constantine, les Algériens écouteront poliment le discours du président français. S’il est de la même veine, sur le chapitre de l’histoire, que celui fait aux chefs d’entreprise lundi dernier, ils perdront leurs dernières illusions sur «l’amitié» que leur propose la France.
Source : Journal L'Expression.
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