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Quassaman dans les écoles

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Écrit par Ahmed Saïfi Benziane (Quotidien d'Oran)   
22-02-2007
Drapeau d'AlgérieRetour aux sources de ces premières années d’indépendance où les chants patriotiques se bousculaient dans des têtes qui venaient d’échapper de justesse à la mort.

Sept années d’une guerre de libération qui avait pour mission de soustraire cette terre d’Algérie à la domination française et révolutionner une façon de vivre aliénante. La libération a bel et bien eu lieu tandis que la Révolution attend toujours les lettres qui font sa noblesse et les hommes qui doivent les écrire. Quarante-cinq années plus tard et quelque temps avant la Journée du Chahid commémorée le 18 février, le ministère de l’Education nationale tente par «voie de texte», de faire revivre aux élèves des écoles, des collèges et des lycées, ce rituel qui consiste à hisser et descendre chaque jour ouvrable les couleurs nationales, en chantant Quassaman.

En fait, si dans certains établissements seul le premier couplet, le plus connu, est chanté chaque matin et chaque fin d’après-midi, dans d’autres, on accorde ce privilège à une cassette audio. Rares sont en effet ceux qui connaissent la totalité des couplets de l’hymne national et encore moins son sens aujourd’hui.

Pour l’Histoire, le poème été écrit par un enfant de Béni Izguène surnommé Moufdi Zakaria, de son vrai nom Cheikh Zakaria Ben Slimane Ben Yahia Ben Cheikh Slimane Ben Hadj Aïssa né un 12 juin 1908. Pour l’Histoire aussi, ce militant de la première heure avait déclaré, lors du congrès de l’Association des Etudiants Nord-Africains qui s’est tenu à Tlemcen en... 1931, «notre patrie est l’Afrique du Nord, patrie indissociable de l’Orient arabe dont nous partageons les joies et les peines, les ardeurs et la quiétude. Nous unissent à lui, pour l’éternité, les liens de la langue, de l’arabisme et de l’Islam». Cette association s’opposait déjà à toute politique d’assimilation contrairement à l’association des Ulémas. Pour l’Histoire toujours et pour l’ensemble de ses oeuvres, Moufdi Zakaria a reçu le 21 avril 1961 du Roi Mohammed V, la médaille de la Capacité intellectuelle du premier degré, de Habib Bourguiba la médaille de l’Indépendance et la médaille du Mérite culturel, et, le 25 octobre 1984, de Chadli Bendjedid, la médaille du Résistant. A titre posthume bien sûr, puisque le défunt poète est décédé le 17 août 1977 à Tunis pour marquer sa dimension nord-africaine. Le 4 juillet 1999, il reçoit toujours à titre posthume la médaille El-Athir de l’ordre du mérite national, décernée par Bouteflika. A titre «très posthume».

Si Kassaman devait être un hymne de guerre dont Abbane Ramdane en aurait exprimé la nécessité à ses compagnons en juin 1955, le texte avait officiellement été rédigé dans cette fameuse «cellule 69» de la prison de Barberousse, le 25 avril de la même année. Quoi de mieux en effet qu’une prison pour crier sa révolte, sa déchirure. Pour la ressentir et alimenter sa rébellion contre un ordre répressif. Moufdi Zakaria a été emprisonné cinq fois entre 1937, année de son emprisonnement en compagnie de Messali El-Hadj, et 1959. A sa sortie de prison, il rejoint clandestinement le Maroc puis se rend en Tunisie pour y être soigné des séquelles de la torture, par le non moins célèbre Dr Frantz Fanon. Quassaman, hymne qualifié de provisoire par la Constitution tout aussi provisoire de 1963, ne sera jamais remplacé, bien que certains lui préféraient «Min Djibalina». On a par contre essayé de le «raccourcir» d’un couplet qui gênait durant les années 80 le «réchauffement» des relations algéro-françaises. Dans ce couplet Moufdi Zakaria écrivait de sa «cellule 69»: «Ô France ! Le temps des palabres est révolu. Nous l’avons clos comme on ferme un livre. Ô France ! Voici venu le jour où il faut rendre des comptes ! Prépare-toi ! Voici notre réponse ! Le verdict, notre Révolution le rendra. Et nous avons juré de mourir pour que vive l’Algérie ! Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !». Le poète nous avait donc contraints à toujours témoigner. Témoigner du nombre de chouhada que l’on traduit précisément par témoins. Témoins d’une terre brûlée et de l’exil massif au-delà des frontières, d’enfants d’un peuple qui a forgé son image de grandeur par le sacrifice. Témoins surtout pour ceux qui sont restés vivants de la gestion d’une indépendance qui a commencé par une guerre civile et une guerre des frontières. Témoins de «Djazaïrana ya bilada el-djoudoud» comprise non pas comme «terre de nos ancêtres» mais comme «terre des nouveaux». De ces nouveaux parvenus qui se sont payés le luxe de l’amnésie jusqu’à oublier de construire un pays digne de ce nom, un Etat qui n’a pas su survivre aux Hommes et aux gouvernements et qu’il faut sans cesse refaire comme un supplice de Sisyphe. Témoins d’une arabisation analphabétisante, d’une amazighité déstructurée et d’une francophonie qu’on essaie de rattraper par la queue, alors qu’elle recule. Témoins du larbinisme qui se généralise pour éviter les chutes mortelles, parce qu’on ne sait plus mesurer la distance qui nous sépare du sol, alors que nous nous y tenons debout. Ou à genoux devant des êtres avec lesquels la seule différence qui nous sépare devrait être la compétence et la sagesse. Témoins qu’une représentation nationale qui a eu l’honneur d’être présidée par Ferhat Abbas et qui se retrouve à négocier quelques espaces en dehors des textes fondateurs sur lesquels elle se prononce. Témoins donc du piétinement de la loi. De promotions inexplicables par une carrière irréprochable ou par une intelligence particulière ou encore par la participation à des hauts faits de guerre. Témoins de la montée fulgurante des «bousseurs» de mains parce qu’ils savent se courber pour ramasser leurs titres de nomination. Le serment fait par Zakaria n’a pas été tenu parce que tous les Zakaria que l’Algérie a enfantés sont morts de chagrin ou ont laissé la place à un système de médiocrité qui a englouti nos richesses et tenu loin des sphères de décision l’intelligence.

Lorsque le ministre de l’Education nationale a décidé de faire

«chanter» les enfants tous les jours ouvrables et non plus deux fois par semaine, il aurait dû prévoir un cours sur la vérification de Quassaman couplet par couplet. Jour pour jour depuis le 05 Juillet 1962. L’occasion de la Journée du Chahid aurait été idéale pour cela. Pour dire au chahid qu’à l’indépendance sa femme et ses enfants n’ont pas été sérieusement pris en charge, car la priorité n’était pas dans le respect du serment mais bel et bien dans cette course vers les cimes imaginaires d’un pouvoir qui a généré un autre sens du Quassaman. Le partage du gâteau.

Source : Quotidien d'Oran.

Téléchargez et écoutez l'hymne nationa dans la rubrique Anachides watanias .
 
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