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Quelle politique industrielle pour l’Algérie ?

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Écrit par Abderrahmane Mebtoul : Expert International (Quotidien d'Oran)   
27-02-2007
Une rencontre importante pour l’avenir du pays se déroule à Alger, relative à la future politique industrielle. J’ai eu l’occasion, durant ce mois de février 2007, à la radio algérienne, dans plusieurs interviews et débats avec l’UGTA, le patronat, certains partis politiques de donner mon point de vue.

Je juge utile pour situer la future politique industrielle dans un cadre cohérent, de rappeler les trois conditions essentielles complémentaires, de mon point de vue, de sa réussite car les conditions sont réunies du fait de la stabilisation du cadre macro-économique, du retour à la paix et de l’importance des réserves de change dont le montant est actuellement estimé à 78 milliards de dollars US, avant de terminer par le nécessaire dépassement du constat actuel qui ne reflète pas les potentialités énormes de notre pays.

Premièrement, il faut d’abord situer la problématique pour avoir non des réponses théoriques, bien que nécessaires, mais un mode opératoire réaliste pour l’Algérie en ayant une visibilité dans la démarche. Donc, une stratégie industrielle, je préfère parler de politique industrielle, pour quoi faire?

Naturellement, pour attirer les investisseurs et avoir une production et exportation hors hydrocarbures qui, de 1970 à 2006, depuis 1970, n’a jamais dépassé les 5% de nos exportations en devises, la vocation de Sonatrach n’étant pas de créer des emplois pouvant être assimilé à une banque. Alors pourquoi cette situation et comment faire émerger des entreprises compétitives dans le cadre de la logique des valeurs internationales avec ce processus non encore achevé de la mondialisation irréversible, l’Algérie devant s’insérer au sein d’un monde concurrentiel (couple qualité/prix), d’autant plus qu’elle est liée à un accord d’association de libre échange avec l’Europe, applicable depuis le 01 septembre 2005, allant vers un dégrèvement tarifaire zéro horizon 2012/2015.

comparons-nous avec des pays similaires comme la Corée du Sud, la Pologne, le Maroc, la Tunisie, car des pays émergents comme la chine, l’Inde ou le Brésil, sans compter les pays développés comme la Russie, les USA ou l’Europe qui s’élargit sur son flanc est qui sont des continents renvoyant pour une politique industrielle fiable à la nécessaire intégration maghrébine au sein de l’espace euro-méditerranéen qui est notre espace naturel.

Deuxièmement, si donc l’on a défini les objectifs stratégiques, en étant conscient que la visibilité par la confiance et le retour à la paix sont des éléments décisifs de tout acte d’investissement, comment mettre en oeuvre les tactiques: pour cela, plusieurs questions méritent des réponses claires si l’on ne veut pas aller à l’avance vers un échec patent, car une mauvaise politique économique peut entraîner des pertes se chiffrant en milliards de dollars US: peut imager une politique industrielle avec un environnement monopoliste et étouffant, sans mettre en place les mécanismes d’adaptation à cet environnement mondial concurrentiel en levant les contraintes comme les tracasseries bureaucratiques, sans mener une lutte contre la corruption, et pour la moralisation de la société en atténuant le malaise Etat-citoyens exacerbé par l’effritement du système d’information où nous assistons à un dialogue de sourd. Comment ne pas se rappeler cette image, récemment au forum de l’ENTV où, à une question sur le taux de chômage un ministre affirmera que les enquêtes, pour 2006, donne 12,3% et qu’un journaliste lui répliqua: êtes-vous sur de vos données. Oui répond le ministre. Ce à quoi le journaliste répliqua, sous l’oeil amusé de la présentatrice non convaincue d’ailleurs, qu’il irait faire un tour dans les quartiers Algérie et qu’il dirait aux chômeurs que dorénavant leur appellation n’est plus chômeur mais travailleur. Car comment, avec un taux de croissance avoisinant 3% en 2006, peut-on afficher un accroissement de l’emploi utile supérieur aux années précédentes où le taux était 5%. Cela contredit les règles élémentaires de l’abc de l’économie à moins que nos ministres aient réalisé une découverte et qu’ils postulent à un prix Nobel de l’économie qui révolutionnera la science économique? Cela ne fait-il pas rappeler vers la fin des années 1980 et après la grande pénurie que connaissait le pays après la crise de 1986, à l’ENTV où un ministre avançait, avec assurance, que le marché était saturé selon les données en sa possession, la présentatrice lui rétorquant s’il a fait un jour le marché et que la population algérienne ne mangeait pas les chiffres. Et récemment, deux ministres à l’ENTV, au début du ramadan, affirmant que le prix de la pomme de terre allait chuter dans quelques jours alors qu’en réalité il a augmenté de plus de 30% durant cette période et à ce jour. Qui a raison et qui a tort et où est la crédibilité?

Comment ne pas rappeler qu’une politique industrielle véritable repose sur l’entreprise, loin de toute contrainte d’environnement, dont le taux de profit raisonnable est à moyen et long terme et non à court terme et que le gain facile l’emportant sur la créativité décourage la créativité. Comme est nécessaire, à la fois l’adaptation de notre diplomatie qui s’est elle même bureaucratisée, du droit des sociétés et des règlements judiciaires de l’intégration de la sphère informelle qui draine plus de 40% de la masse monétaire en circulation renvoyant à la réforme de l’Etat et de la justice. Poumon des réformes et lieu de distribution de la rente, comme en témoignent les scandales financiers à répétition, peut-on mener une politique industrielle sans réforme du système sclérosé où l’on s’appesantit sur ses aspects techniques comme l’intermédiation, alors que le fondement est l’aspect organisationnel du foncier, d’un marché de travail adapté dans la mesure où l’on est passé de l’ère de la matérialité du XXème siècle à l’ère de l’immatérialité, ère du savoir du XXIème siècle, avec un autre volet fondamental, celui d’une autre politique écologique (donc des industries pour protéger l’environnement qui ont des externalités positives et créatrices d’emplois utiles).

Comment mettre fin à cet exode massive de cerveaux tout en introduisant des mécanismes pour intéresser notre émigration, matière grise qui constitue une richesse plus importante que le pétrole et le gaz. Ainsi, avec un salaire en termes de parité de pouvoir d’achat et pour un même niveau de qualification, le salaire d’un professeur d’université ou d’un cadre de haut niveau est actuellement à environ 1/10 par rapport à celui de l’OCDE et 1/4 par rapport à celui du tunisien et du marocain.

Peut-on continuer à favoriser les transferts de rente au lieu de revaloriser le travail et l’entreprise créatrice de richesses et dans ces conditions peut-on mettre en oeuvre une politique industrielle ?

Troisièmement, pour que le document actuel, étudié en conseil de gouvernement portant sur la politique industrielle, ait de l’opérationnalité, l’on ne devrait pas, d’abord, donner les raisons du pourquoi des 36 milliards de dollars d’assainissement des entreprises publiques entre 1991/2005, sans compter les déficits accumulés entre 1970/1979 et les coûts des différentes restructurations entre 1980/1990, de quoi créer tout un nouveau tissu industriel plus performant ? Ensuite, éviter de s’attarder sur des masses globales de la comptabilité nationale de peu de signification pour toute politique concrète, comme les agrégats pétrochimie, sidérurgie, mécanique, métallurgie, électronique, textile - cuir - pharmacie, l’édition - emballage, les nouvelles technologies, certains segments de l’agriculture (agro - industrie) sans oublier le tourisme destiné à la fois à la consommation de masse et celui qui peut procurer des devises. Deux études intéressantes disponibles très concrètes qui peuvent être un point de départ à la première, avec des experts internationaux et nationaux sur la nouvelle politique d’investissement et de privatisation face à la mondialisation sous ma direction, fin 1999, au moment où j’étais Président du Conseil national de la privatisation et la seconde, en 2003, par le ministère de l’Industrie, confiée au bureau d’étude Hamilton pour une autre politique industrielle, montrant les segments que l’Algérie doit abandonner et les segments qu’elle peut développer dans le cadre de la substitution d’importation tenant compte des avantages comparatifs mondiaux en impulsant à la fois les IDE, le partenariat (sous réserve que l’on donne une définition précise de cette notion vague) et la PMI/PME qui peut être promue par le secteur privé national. Aussi s’agit-il, pour le gouvernement, de cibler au sein de ces grosses masses internationalisées les segments de filières d’une manière précise où l’Algérie a un avantage comparatif du fait de l’évolution rapide avec la révolution technologique, des fusions ou éclatements périodiques comme l’illustrent les mouvements boursiers mondiaux avec cet impact dans le changement de l’organisation et des modes d’éducation et de gestion permis par la révolution de l’information et des télécommunications. Quatrièmement, d’où l’urgence d’atténuer la prédominance des hydrocarbures bruts ou semi-bruts par des réformes en profondeur courageuses; en effet, entre 2005/2006, les hydrocarbures représentent 98,3 % pour les exportations; 76 % des ressources budgétaires et entre 45-50 % du PIB. Et l’Arabie Saoudite qui produit 10 fois plus de pétrole que l’Algérie (10 millions de barils/jour déclarés), les hydrocarbures bruts représentent 30 % du PIB et 90 % de ses exportations et ces ratios sont de loin inférieurs pour les autres pays du Golfe ou de l’Indonésie.

Ainsi, selon le forum 2006 de Davos qui a rendu public son rapport le 26 septembre 2006, l’Algérie est classée à la 76ème place sur un total de 125 en matière de compétitivité internationale dans le monde, améliorant sa situation puisqu’en 2005 elle était classée 82ème, selon le rapport de la Banque Mondiale intitulé «Doing Business in 2007» notamment, sur la complexité du système fiscal et les obstacles à la mise en oeuvre d’affaires, l’Algérie est classée 169ème sur 175. Cela montrerait la timidité des réformes institutionnelles et micro-économiques étayées par le Waal Streel Journal et la fondation Héritage (janvier 2007), en matière d’indice de libertés économiques pour qui l’Algérie est classée à la 134ème position sur 157 (Maroc 96ème - la Mauritanie 126ème, les trois derniers étant la Libye, Cuba et la Corée du Nord).

Cela a un impact sur la faiblesse de la performance de l’entreprise algérienne publique (d’ailleurs également privée) où 70 % des entreprises publiques sont destructurées sur les 1255 (les EPE emploient seulement 335.000 salariés sur 710.000 de l’ensemble du secteur économique public alors que la demande actuelle additionnelle d’emplois varie entre 400.000/500.000 unités qui s’ajoutent au stock de chômage), 365 entreprises, seulement, ayant un actif net supérieur au quart de leur capital social et une trésorerie supérieure à un mois de leur chiffre d’affaires.

En résumé, les observations précédentes renvoient à l’urgence d’une réorientation de toute la politique économique et sociale, loin de tout discours populiste et inapplicable sur le terrain, à l’approfondissement de la réforme globale, c’est-à-dire, à l’instauration d’une véritable économie de marché concurrentielle liant dynamique économique et dynamique sociale, qui a ses propres règles, à la bonne gouvernance et un Etat de droit donc de la démocratie, tenant compte de notre anthropologique culturelle et des nouvelles mutations mondiales. Car, il faut le dire, l’on ne pourra pas mettre en oeuvre une véritable politique industrielle, si l’on ne définit pas d’une manière précise et datée, le futur rôle de l’Etat dans le développement économique et social entre 2007/2015, devant passer de son ancienne fonction d’Etat gestionnaire, à progressivement, du fait de la faiblesse des véritables entrepreneurs privés, à un Etat régulateur rôle important intervenant dans des secteurs comme la défense nationale, l’éducation, la santé, les infrastructures et pouvant détenir durant cette période de transition qui hélas dure depuis plus de 25 ans, des minorités de blocage dans certaines unités industrielles mais qui doivent être régies par les normes de gestion universelles.

En bref, la réussite de la politique industrielle suppose une accélération de réforme globale reposant surtout sur le renouveau de l’école, dont la réforme piétine, car il faut miser sur l’éducation et toujours sur l’éducation de qualité.

Source : Quotidien d'Oran.
 
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