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Régane... la catastrophe oubliée

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Écrit par D. Bensaleh (El-Khabar)   
24-02-2008
Regane« A Régane, la raison de la France est un mensonge et à Hamoudia, le rêve de la jeunesse est violé… » C’est là un passage du poème de Cheb Mahmoud Hadallah de Oulef, sur les explosions nucléaires dont son oncle a été victime, après qu’il ait été touché par un déséquilibre mental, en regardant « la Gerboise bleue »,  lui qui travaillait dans la région de Hamoudia pour la réalisation de la base militaire… victime de la tragédie.

Une tragédie ancrée dans la mémoire collective, mais absente de toute liste ou monument commémoratif, 48 ans après « le crime colonial ».

L’expérience de l’oncle du poète Mahmoud Hadallah traduit la situation de milliers de victimes des radiations nucléaires qui attendent encore une reconnaissance officielle, après qu’ils soient parvenus, avec leurs témoignages, à gagner la bataille de la mémoire, et c’est ce que nous avons pu percevoir dans les yeux des enfants portant des bougies, lors de la marche du 13 février dernier… Des bougies contre l’oubli.

Au début nous n’avons pas cru les propos du professeur d’histoire du lycée Ibn-Rouchd, sur l’absence des essais nucléaires dans les manuels scolaires. Celui-ci a ajouté avec dépit : « Dans les programmes de l’institut d’histoire à l’université d’Adrar, où j’ai suivi la spécialisation, il n’a pas du tout été fait allusion à la catastrophe nucléaire qui a frappé la région. Comment pouvons-nous alors nous interroger sur le refus de la France de reconnaître ses crimes, ou sur le fait que les générations montantes ignorent leur passé ? »

Tout ça malgré ce qu’a vécu la région, depuis l’explosion de la « Gerboise bleue » à Régane de 40 à 80 kilotonnes, ce qui équivaut trois fois la force de la bombe de Hiroshima et Nagasaki, suivie de trois explosions en plein air, et 35 autres dans les puits de plutonium , avant l’explosion de « la Gerboise rouge » entre 1961 et 1963. La France a poursuivi des expériences du 7 novembre au 16 février 1966, avec des explosions souterraines, sur le site d’Aïn Aïker dans les montagnes du Hoggar dans le Tassili.

Les radiations nucléaires se sont propagées à d’autres wilayas et elles ont franchi les frontières

Pour la première fois, les témoignages confirment avec précision l’identité des personnes qui achetaient de vieux déchets ferreux et non-ferreux, touchés par les radiations nucléaires, ce qui veut dire que les radiations nucléaires se sont propagées à d’autres willayas ou bien elles ont traversé les frontières. Ici comme en Polynésie, la colonisation n’a pas poursuivi le nettoiement de la base contre les produits radioactifs, avec tout ce que cela comporte comme dangers pour la santé des habitants de la région.

C’est ce qu’a confirmé, Bruno Barrio, lors de sa visite sur le lieu de l’explosion à Régane, après les mesures qu’il a effectuées sur les matières éparpillées dans la région de l’explosion. El Khabar a appris de sources proches de l’association des victimes des explosions nucléaires en Polynésie et au Sahara, que des mesures sont en cours afin de constituer une commission mixte spécialisée, dans le but de nettoyer les sites des expériences nucléaires dans les régions de Aïn Aïker à Tamanrasset et Régane, dans les prochains mois.   

La dissimulation des archives de santé de Régane : une autre preuve du crime

Les statistiques de santé de l’hôpital de Régane commencent toutes en 1968, soit une année après le départ des autorités militaires françaises vers la Polynésie. Ces données médicales de la période incluse entre le 13 février 1963 et l’année 1966 constituent des preuves scientifiques de la catastrophe qui a frappé la région, et que la France tente de dissimuler. Pourtant, les statistiques indiquent clairement l’augmentation du nombre de décès d’enfants. Afin de s’assurer du lien entre ces décès et les radiations nucléaires, Il faut, cependant, effectuer des études pratiques, afin de comparer ces chiffres avec le taux de décès d’enfants dans les différentes régions du pays. Il en est de même pour les cas de cancer qui ont atteint 17 cas en 2006, alors qu’il ne dépassait pas 8 cas en 2000.

Source : Journal El-Khabar.
 
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