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Du Maroc à l'Afghanistan, la femme et l'enfant en manque de santé |
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Écrit par Destination Santé
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10-12-2006 |
Chaque année, un million quatre cent mille enfants de moins de 5 ans meurent dans les 22 pays de la région " Méditerranée " de l'Organisation mondiale de la Santé : l'EMRO. Une région qui s'étend du Maroc au Pakistan, en passant par l'Afghanistan, la Syrie, le Liban, les territoires autonomes palestiniens et le Soudan. Mais pas l'Algérie, qui fait partie de la région Afrique de l'OMS.
Un million quatre cent mille morts de moins de 5 ans donc, soit 15% de la totalité des décès mondiaux dans cette tranche d'âge. Certes, nous sommes bien loin de l'hécatombe vécue par l'Afrique subsaharienne, qui comptabilise à elle seule près de 8 millions de morts parmi les moins de 5 ans.
Mais tout de même ! Trop de petits meurent dans la région et le pire, c'est que leur mort est en grande partie évitable... En cause notamment, le manque d'éducation sanitaire, d'information mais également le poids des traditions. La situation est si sérieuse que le British Medical Journal a consacré un numéro spécial à la santé de la femme et de l'enfant dans ces 22 pays à prédominance musulmane.
Commençons par le commencement : la santé de la femme. Elle varie énormément d'un pays à l'autre. Mais d'une manière générale, la grossesse, l'accouchement et la prise en charge du nourrisson à la naissance demeurent un véritable problème de santé publique. Bien sûr, certains pays échappent à cette réalité, mais ils sont l'exception. Nous y reviendrons.
En Somalie par exemple, seules 34% des naissances sont encadrées par des professionnels de santé qualifiés. Un pourcentage qui chute à 22% au Yémen et... 14% en Afghanistan. Soit moins de 2 naissances sur 10! C'est dire tout le chemin qu'il reste à parcourir dans ce pays ruiné par la guerre.
Pour ce qui est de l'avortement, la majorité des pays musulmans interdit cette pratique. Conséquence directe, l'OMS estime que 2 millions 600 000 femmes y avortent chaque année en étant privées de toute assistance médicale. Le plus souvent dans des conditions terribles. Ces pratiques seraient à l'origine de 11% des décès maternels dans la région...
Côté contraception, les disparités sont énormes. Au Soudan, moins de 10% des femmes mariées utilisent un moyen contraceptif. En Afghanistan elles sont moins de 14%. Alors qu'au Liban et au Maroc, plus de 60% d'entre-elles ont recours à la contraception.
En Algérie, qui certes ne fait pas partie de la région mais qui est le voisin direct du Maroc, plus de la moitié des femmes mariées ont recours à la contraception. Orale dans 80% des cas.
Arrêtons-nous un instant sur les naissances. Dans ces pays, la majorité des accouchements ont lieu à la maison, sans prise en charge médicale adéquate. En cas de complication... c'est la mort.
Mourir en donnant la vie ou mettre au monde un mort-né... voilà la réalité avec laquelle doivent vivre les jeunes mamans d'Egypte, du Soudan, du Pakistan, de Somalie, du Yémen et d'Irak. Pour 1 000 naissances, 50 en moyenne s'y terminent par un drame : décès de l'enfant, de la mère ou des 2 à la fois.
Or ces décès sont en très grande partie évitables ! Plus de 75% des morts par diarrhées peuvent en effet être prévenus... Ainsi que 60% des décès par pneumonie et 84% de ceux provoqués par le paludisme.
Maroc, Tunisie : une success story sanitaireSi dans leur ensemble, les 22 pays de la région EMRO doivent redoubler d'efforts pour améliorer la santé de leurs femmes et de leurs tout-petits, plusieurs ont fait des progrès considérables ces 20 dernières années. C'est le cas par exemple du Maroc et de la Tunisie.
Ces deux pays vivent en effet une sorte de success story sanitaire. Le Maroc tout d'abord : plus de 95% des moins de 5 ans sont aujourd'hui vaccinés contre les principales maladies infantiles, comme la diphtérie, le tétanos néonatal, la coqueluche et la poliomyélite.
Et pour cause. Dès le début des années 60, les autorités ont lancé à pas de charge les premières campagnes de vaccinations. Et aujourd'hui, le Maroc dispose d'un Programme national d'immunisation éprouvé, qui assure une couverture vaccinale semblable à celles de plusieurs pays européens.
Seuls bémols à ce tableau, la mort par accidents, domestiques ou autres. Elle n'a pas chuté au Maroc. Il en va de même pour la prise en charge des grands prématurés. Mais globalement, le Maroc est sur la bonne voie. Le royaume lutte aujourd'hui contre la rougeole et la rubéole congénitale. Les autorités prévoient d'ailleurs l'adoption prochaine du programme d'élimination de ces 2 maladies, élaboré par l'OMS.
Après le Maroc, la Tunisie. C'est un des pays les plus développés du Maghreb sur le plan de la santé publique. Statut de la femme, sécurité sociale, dispensaires quadrillant l'ensemble du territoire... la République tunisienne semble tirer son épingle du jeu avec un système de soins qui fonctionne.
En 2002, les autorités ont mis en place un " Parlement de l'enfant ". Ce dernier doit notamment leur permettre d'exprimer leurs opinions sur des sujets en rapport avec leurs droits et de promouvoir la culture des droits de l'enfant. Et parmi ces droits, il y a la santé. C'est unique dans la région.
Aujourd'hui en Tunisie, l'espérance de vie à la naissance est de 74 ans pour les femmes et 70 ans pour les hommes. Loin devant les 43 ans d'espérance de vie en moyenne en Somalie ou au Soudan.
La lutte contre la tuberculose en Tunisie illustre bien l'efficacité des services de santé. Les enfants ne représentant qu'une infime partie des malades. Et avec 20 tuberculeux pour 100 000 habitants, le pays creuse l'écart avec ses voisins. La clé de cette efficacité ? L'existence de dispensaires, des " postes avancés de soins primaires " mis en place dès la fin des années 50 dans le cadre d'un programme d'éradication du paludisme.
Cette première ligne de soins est présente sur tout le territoire et permet une prise en charge efficace et surtout gratuite des patients les plus démunis. A cela vient s'ajouter l'application du plan de lutte contre la maladie élaboré par l'OMS, la stratégie DOTS Plus.
Résultat, plus de 75% des cas de tuberculose sont aujourd'hui dépistés. Et 95% des patients diagnostiqués sont traités. Quant aux 5% restants, ils correspondent à des malades qui développent des résistances aux traitements.
L'épidémie qui monte...Avec plus de 510 000 séropositifs, le VIH/SIDA prend une ampleur sans précédent au sein du monde arabe. En 2005 on a enregistré 61 000 nouvelles contaminations, et presque autant de patients sont morts victimes du virus. Le manque de prévention y est pour beaucoup.
L'Algérie par exemple, a enregistré deux fois plus de nouveaux cas d'infection en 2005 qu'en 2003. Au Maroc, la prévalence du VIH/SIDA chez les femmes en consultation prénatale a doublé en 5 ans, et 16 000 Marocains vivent aujourd'hui avec le virus.
Une tendance générale à la hausse donc, que l'on retrouve également en Libye et dans les autres pays de la région. Seule la Tunisie semble épargnée. Officiellement, l'épidémie est stable ces dernières années. Les rapports sexuels non protégés sont le principal moteur de la poursuite des contaminations dans le monde arabe. Et là, c'est le manque d'information qui est à l'origine du problème.
Dans leur rapport annuel, l'ONUSIDA et l'OMS s'inquiètent de cette situation. Elles estiment qu' " il faudra des efforts majeurs pour introduire des stratégies plus efficaces de prévention de l'infection à VIH au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ".
Et pour cause. Le déni avec lequel les pays de la région traitent ce problème majeur de santé publique ne permet pas d'appréhender cette question de manière objective. " Pas dans notre région " : voilà la réponse qu'a le plus souvent entendue sur le terrain, le Dr Carla Makhlouf Obermeyer du département VIH/SIDA de l'OMS. Elle signe sur ce sujet, un article très détaillé dans le numéro spécial du British Medical Journal.
Résultat, " il est impossible (selon elle) d'obtenir à ce jour des statistiques fiables ". Mais quoi qu'il en soit, les chiffres avancés par l'ONUSIDA et l'OMS demeurent peu élevés à l'échelle de la planète. Ils ne représentent que 1,3% des personnes atteintes par le virus du SIDA. Loin derrière l'Afrique subsaharienne, centre de l'épidémie.
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